Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le premier témoignage de résilience sur Maman Résiliente : je vous présente Sophie, auteure du blog Le Dessin Facile, qui a accepté de partager avec nous son histoire de résilience face à l’accident de son fils.

1. Témoignage de résilience : l’annonce de l’accident et notre réaction

Nous sommes une famille de 5 personnes : deux parents et trois enfants, un garçon et deux filles, âgés actuellement de 24, 23 et 17 ans.

En 2021, mon fils aîné de 21 ans a eu un accident de la route en retour de soirée. Nous avons reçu un appel vers 4h30 du matin le dimanche 24 octobre 2021, nous informant de l’accident et nous nous sommes rendus sur les lieux de l’accident immédiatement.

Mon fils s’était vraisemblablement endormi en rentrant de sa soirée et a percuté un arbre. Il était seul et nous l’apprendrons plus tard, légèrement alcoolisé. Il a été héliporté dans la foulée avec un pronostic vital favorable, mais avec une blessure médullaire qui laissait craindre une paraplégie des membres inférieurs. Notre première réaction fut un immense désespoir, un accablement.

Après sa chirurgie réparatrice, nous avons appris que sa blessure médullaire avait épargné sa moelle et qu’il souffrait d’une compression et non d’une section : l’espoir était permis.

devenir résiliente

Le 1er réflexe de ma famille fut de se rassembler et de s’épauler

Amis, proches et même entourage professionnel (mon fils commençait tout juste un BTS de chef de chantier en alternance dans la boite de BTP de mon mari).

Tout le monde a répondu présent. Le soir de l’accident, en rentrant à la maison, durant les 1h30 de trajet qu’il nous faudra faire 2 fois par jour pour aller le voir, nous avons réalisé plusieurs choses :
1. Mon fils était vivant et c’était une immense chance,
2. Il n’avait tué personne, et c’était aussi une immense chance,
3. Il n’était pas paraplégique complet, toujours de la chance,
4. Il a eu de la chance aussi dans les conditions de l’accident (trouvé très vite alors que les routes dans nos campagnes au petit matin sont souvent désertes ! Héliporté, opéré de suite, ce qui réduisait les conséquences de la compression de moelle.)

On ne pouvait plus rien faire pour échapper à l’accident : ce qui était fait, était fait. On s’est alors tournés vers ce que l’on pouvait faire.

Le lendemain de l’accident, d’un commun accord, mon mari a repris son travail, tandis que je retournais à l’hôpital voir mon fils au réveil.
Il faut se rappeler qu’en 2021, le COVID était là et rendait les choses encore plus compliquées pour les malades et leurs proches. Ce lundi là, en parlant pour la 1ère fois aux médecins, j’ai accepté l’idée qu’à chaque jour suffit sa peine et qu’essayer de réfléchir à ce qu’il pourrait advenir (en bon comme en mauvais) ne m’aidait en rien. Si je voulais aider mon fils, il fallait que je sois assez forte pour cela : cela signifiait dormir assez pour tenir longtemps, sourire assez pour moins pleurer et pour avancer.

 

2. Les défis

Les défis étaient nombreux : psychologiques, financiers, administratifs, émotionnels.

 

Nos défis psychologiques :

Nous avons tous énormément culpabilisé. “Et si” est devenu un refrain toxique.

“Pourquoi” un gouffre mental, un trou noir à toutes pensées positives.
“Pourquoi lui ?”, “Pourquoi nous ?”, “Pourquoi a-t’il pris sa voiture alors qu’il avait bu ?”,“Pourquoi n’a t’il pas appelé, comme on le lui a dit maintes et maintes fois ?”

Pourquoi est un piège pour le mental à éviter ABSOLUMENT !

Il n’existe pas de réponse aux nombreux POURQUOI. La peine, le chagrin, la peur, les regrets, le stress, la fatigue, le manque de sommeil, les doutes, les questions sans réponses… Tout est difficile à gérer.

 

Nos défis financiers :

Ce sont des problèmes plus faciles à régler, car ils ont des solutions pratiques, mais ils participent à transformer le quotidien en parcours d’obstacle.
L’alcoolémie positive de mon fils l’a déchu de toute couverture d’assurance. Pas d’aide en cas de dépassement d’honoraires, pas de prise en charge des frais de transports, pas de remboursement des frais de remorquage d’épave. Le premier mois d’hospitalisation m’a coûté environ 2000 euros, entre le péage quotidien, le carburant, les frais de remorquage, etc. à quoi s’ajoute la baisse de revenus de mon côté pour cause de manque de temps et les frais de test anti-covid (quotidiens et non-remboursés pour toutes les personnes non-vaccinées).

 

Nos défis administratifs :

Chaque jour, en plus du quotidien compliqué, les dédales de l’administration française nous prennent 80% de notre énergie. Assurances, sécurité sociale, mutuelle, gendarmerie, restrictions COVID, protocoles sanitaires, autorisations de sortie du département, tests, confinements, quarantaines, j’en
passe et des meilleures ! On doit être sur plusieurs fronts à la fois. Travailler, régler le quotidien de la famille et des animaux (j’ai des chevaux, des chats, des chiens, des oiseaux, etc.) m’occuper de ma mère de 77 ans, atteinte de démence sénile depuis des années et que je finirai en désespoir de cause par faire interner courant mars 2022, ne pouvant pas assumer cette charge en plus.

 

Nos défis émotionnels :

C’est le plus compliqué des défis.

Comment rétablir assez d’équilibre intérieur pour pouvoir fonctionner normalement ? Comment ?

J’ai pris pour habitude de pleurer à chaudes larmes le matin très tôt après le départ de mon mari. Je “vidais” le trop-plein de chagrin et j’arrivais à tenir toute une journée sans larmes et même à sourire !

Mais cette technique a un prix : ce n’est qu’un crédit sur la souffrance à venir, petites mensualités mais gros intérêts à régler à la fin ! On n’échappe pas à l’émotionnel, tôt ou tard, il faudra régler la note ! Mais cela permet de tenir quand toute son énergie doit être mobilisée à autre chose.

 

3. L’espoir et la positivité

L’espoir était incarné par mon père, kinésithérapeute à la retraite, qui malgré ses 77 ans, est venu 8 mois durant, masser quotidiennement et rééduquer mon fils. Sa bonne humeur, son optimiste nous ont dopés. Il avait la conviction que mon fils remarcherait un jour, avec très peu de séquelles.

Aujourd’hui, avec le recul, ce fut à la fois une bonne et une mauvaise chose. Nous nous sommes accrochés à cet espoir avec l’énergie des désespérés. Si à l’heure actuelle mon fils peut marcher (un peu) avec des béquilles, c’est grâce à lui. Mais il n’est pas comme avant. Son handicap est important (plus de 80%) et s’il a récupéré certaines fonctions, il reste incapable d’uriner seul et doit se sonder 6 fois par jour. C’est aussi ça, le handicap !

 

Quelques grands souvenirs de bonheur :

1. NOËL : Malgré son interdiction de sortie durant les fêtes de Noël (encore merci le COVID), nous avons organisé un repas de Noël rien que pour lui sur le parking du SSR, rien ne manquait ! Il y avait le sapin et la guirlande lumineuse, la crêche et les santons, le vin chaud, les vols-au-vent aux fruits de mer, la daube de sanglier aux pâtes fraîches et même les gaufres au dessert ! Pour pouvoir réaliser cet exploit pour 20 personnes, l’entreprise de mon mari nous avait fourni le camion, les groupes électrogènes et même les chauffages professionnels au gasoil ! Les amis avaient
fourni les tentes fermées. En plein mois de décembre, nous avons fêté notre plus beau Noël, tous ensemble, avec 2 compagnons d’infortune de mon fils restés tout seuls ce jour-là !
2. LES SORTIES : Nous l’avons “enlevé” à chaque fois que c’était possible, avec la complicité des aides-soignantes du SSR, pour le soustraire un moment à l’ambiance de l’hôpital et l’avons emmené au resto, à des matchs de foot, etc.
3. LE CHAT : Nous lui avons ramené son chat, et il a passé 3 heures de bonheur, à caresser son ami de toujours (le chat avait 14 ans, il en a 17 aujourd’hui). Les animaux étant interdits, nous avons là aussi enfreint toutes les règles !
4. LES AMIS : Nous avons organisé des rassemblements d’amis tous les weekends, jusqu’à son anniversaire, qu’il a fêté sur le parking avec tous ses amis et la famille !

 

4. Les moments éprouvants

Ces moments sont certainement différents pour chacun de nous.

Le plus dur pour moi fut son retour à la maison en juillet 2022. Le handicap m’est apparu tel qu’il est : difficile, contraignant, réducteur. Le retour de mon fils en fauteuil m’a obligé à regarder la réalité en face. Il est désormais handicapé.

Comment on a surmonté cela ? Notre choix a été l’humour et l’amour. On a beaucoup ri ensemble, on a aussi beaucoup parlé et on l’a beaucoup entouré. On l’a traité non pas comme une charge mais comme un exemple de courage et de force mentale. Il n’avait pas quelque chose en moins mais beaucoup de trucs en plus !

Son attitude, toujours digne et sans jamais se plaindre, forçait notre admiration. On ne l’a pas épargné non plus. Pas mis dans du coton. On l’a mis face à ses responsabilités, surtout à cause de l’alcool. Il a payé son amende et il sait que tous les jours, il paye malheureusement le prix de son insouciance.

 

5. Le rôle de l’entourage

Les amis sont une force essentielle dans la reconstruction, surtout à vingt ans ! Filles et garçons se sont succédé sans fin à son chevet. Il n’est jamais resté seul, à part lors du confinement COVID. Mais je pense que l’aide la plus précieuse, ce sont les membres du personnel de rééducation. Leurs regards sont bienveillants et précieux. Ils connaissent les pièges de l’espoir déçu et savent gérer les étapes du deuil.

Car le handicap est un deuil : celui que l’on est n’est plus celui que l’on était. Mon fils est passé par plusieurs étapes : l’euphorie d’être vivant, l’espoir de retrouver ses jambes, la colère et la déception face aux progrès infimes et aux difficultés, la colère et la tristesse devant ce qu’il est désormais. Le personnel soignant connaît ces phases, même si chacun de nous les traverse en son temps. Il a été d’une aide précieuse et nous sommes restés longtemps en contact.

 

6. Les victoires

Celle qui m’a marqué le plus c’est le jour de décembre où il a bougé son orteil pour la première fois ! Nous avons débouché le champagne le soir même !
C’était la fin du risque de paraplégie complète ! Il allait remarcher ! Enfin, nous le pensions. Puis le jour où il a marché seul avec ses béquilles.
Chaque fois qu’il accomplissait un progrès, sa kiné nous envoyait une vidéo de l’exploit via Whatsapp.

Je ne remercierai jamais assez tous ces gens.

 

7. Ce témoignage de résilience et ses enseignements

Je n’ai pas de conseils. L’accident m’a appris l’humilité, je ne sais pas tout et ce que je sais ne servira pas à tout le monde. Voilà, en résumé, ce que j’ai appris sur moi :

1. Mon mental est mon pire ennemi : j’ai évité de rester inactive,

2. J’ai évité de demander “pourquoi”, mais cherché plutôt “quoi faire” lorsque c’était possible,

3. J’ai accepté l’amour de mes proches et de mes amis, même au sens large, car c’est
la meilleure chance de la vie, et j’en ai rendu en retour,

4. Et j’ai accepté de donner du temps aux choses, de ne pas anticiper, et de vivre
accrochée au présent, en faisant abstraction du passé et en oubliant le lendemain.

5. Et j’ai compris aussi, que la seule chose que je maitrisais dans ma vie, c’était mes
choix, pas la situation.

6. J’ai appris à vivre le moment présent comme un cadeau précieux,

7. À donner de l’importance à ce qui mérite de l’être et à ne pas tenir compte du reste.

8. À commencer ma journée par un sourire.

Voilà c’est tout : pour moi, la résilience c’est un chemin, pas un résultat.

 

C’est un parcours que certains arrivent à faire grâce à leurs choix, et les hasards de la vie aussi mais qui ne mène pas toujours au bonheur. Et si mon fils était mort ce jour-là ? Aurais-je été résiliente ? Ce chemin-là est beaucoup plus compliqué. Parler sans précaution de ces notions de psychologie positive, c’est parfois culpabiliser tous ceux qui échouent, qui n’ont pas ou plus la force de surmonter leur désespoir !

 

On ne devient pas résilient. On peut faire des choix résilients.

C’est comme choisir la météo de nos vies, on ne peut pas choisir d’avoir beau temps tous les jours.On peut juste choisir de danser, malgré la pluie.

 

Merci infiniment à Sophie du blog Le Dessin facile pour son incroyable histoire de résilience… N’hésitez pas à partager cette formidable histoire de résilience autour de vous !